Départs dans l’affection et le sang neufs, par Paul Hennebelle, photographe

 

Transeo, du photographe Paul Hennebelle, se présente comme le journal très personnel d’un déraciné.

 

« Les déménagements successifs de mon enfance ont effacé toute attache que je pouvais avoir avec le territoire. Etre de partout, c’est aussi être de nulle part. Transeo, c’est transiter d’un lieu à un autre. »

 

Imprimées à l’encre risographique, les images de Paul Hennebelle offrent une texture très sensuelle, une qualité presque artisanale dans la sensation des grains de lumières et de noirs ordonnés sur la page.

 

La risographie est une technique mécanique de reproduction par pochoir donnant une impression très graphique, vivante, l’encre ne séchant jamais tout à fait, chaque exemplaire d’une même image dupliquée étant ainsi unique.

On peut songer à une sorte de ronéotype arty à l’époque de la numérisation des images.

 

Dans les tambours d’encre, la photographie prend corps, se charge de mystères et de défauts, devient charme.

 

L’aveuglement est une cécité de soleil, le regard une capacité d’orientation fragile.

 

La très grande beauté des images de Paul Hennebelle provient de leur précarité même. Tout est là, mais rien ne pourrait être, rien n’est peut-être que les méandres du souvenir.

 

Traces amnésiques, ses photographies sont des départs, des transports, des adieux.

 

Routes, rails, fleurs, immeubles, cheveux des jolies filles.

 

On s’étreint, on se quitte, on se lève tôt pour prendre le premier train.

 

Transeo se déploie comme on marche au petit matin dans une rue sans apprêt encore endormie, contre les murs de solitude.

 

Il fait gris, il fait moche, c’est merveilleux.

 

Etre simplement là, algue sur l’estran, bientôt balayée par la marée.

 

Toi, je t’embrasse, toi, je te prends par la main, toi, prends-moi.

 

On ferme les yeux, les ouvre sur un autre continent.

 

Vent dans les voiles, lits défaits, visage contre terre, eau d’aube où nage une nymphe sévère.

 

Il y a des ronds-points où tourner sans fin depuis qu’on a retiré les panneaux.

 

Autostop, pluie sur le parebrise, vivre à l’économie, voilà le luxe d’un orage.

 

Ne plus savoir avec qui l’on dort, continuum de formes douces, passer de névés à névés, dans la tremblement des baisers, nous ne sommes qu’un crâne avec un peu de peau.

 

Retire tes vêtements, offre-moi la nature, quittons les sous-sols froids de notre mélancolie.

 

Transeo est un lied schubertien.

 

Winterreise, voyage d’hiver, départ dans l’affection et le bruit neufs.

 

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