Paul Hennebelle

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Rencontre : un autre regard sur la Méditerranée à travers l’œil de Paul Hennebelle

 

Le photographe a posé ses valises à Beyrouth.

 

Il n’a pas grandi près de la Méditerranée, et pourtant, le photographe Paul Hennebelle fait partie de ceux qui sont attirés par cette région du globe. Fasciné par sa culture riche et son histoire complexe, il explore avec justesse les questions d’identité et de territoire en images. Les cadrages délicats de ses séries en noir et blanc Brown Eyes and Sand et Transeo nous ont tapé dans l’œil, nous avons donc décidé de partir à la rencontre de celui qui photographie "la mer au milieu des terres".

 

Cheese | Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

 

Paul Hennebelle | Je suis un photographe français de 26 ans. J’ai terminé mon école de photographie à Bruxelles (le Septantecinq) il y a trois ans, et depuis, je me dédie principalement à mes projets personnels.

 

Qu’est-ce qui t’inspire ?

 

Je suis inspiré par les grandes villes, les artistes flamands, les livres photo bien séquencés, l’architecture…

 

D’où vient ta fascination pour la Méditerranée ?

 

Un peu par hasard, j’ai atterri à Beyrouth pour rendre visite à un ami il y a trois ans et j’ai enchaîné les allers-retours par la suite. Le pourtour méditerranéen est au cœur de l’actualité depuis quelques années et j’ai plutôt tendance à être intéressé par des sujets en décalage avec l’actu. C’est son identité des deux rives qui me fascine. C’est une constellation cachée par une fracture et une fragmentation, issue de schémas révolus.

Son identité est fausse, elle est un monde de l’entre-deux, espace ouvert et fermé, la mer blanche représente à la fois la limite de la déambulation urbaine et l’espoir de partir vers d’autres villes. Là où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, ça m’intéresse de représenter ce que signifie être jeune en Méditerranée.

 

Quelles villes du pourtour méditerranéen as-tu explorées ? Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

 

Cela fait trois ans que je travaille exclusivement sur Beyrouth et le Liban, et j’ai fait deux escales à Athènes l’année dernière. Mais je laisse mûrir mes images assez longtemps, je prends du temps avant de développer un propos cohérent et personnel sur un projet.

 

Qu’est-ce qui t’a donné envie de poser tes valises dans cette ville ?

 

Je pense que c’est tout d’abord son chaos organisé. La ville est un chantier perpétuel. Dans un désordre total, les gratte-ciel poussent comme des champignons, sans se soucier du patrimoine environnant, et bouchant petit à petit la vue vers l’horizon méditerranéen. Les jeunes Libanais, qui n’ont pas connu la guerre civile, tentent d’oublier un passé qu’on leur a imposé. C’est intéressant aussi d’analyser le rapport qu’ils peuvent avoir avec leur territoire, car on est dans une relation d’amour et de rejet total de ce que la ville leur évoque. Une amie libanaise, Dayna, a écrit un poème que j’utilise pour illustrer mon travail. Les dernières lignes de ce poème sont celles-ci :

 

"I will lose you now as I did then, only to find you and let you go again. Goodbye Beirut."

 

Au revoir infini et retour perpétuel, cette dichotomie est bien propre à la ville portuaire qui ouvre sur le reste du monde.

 

As-tu prévu de déménager dans une autre ville prochainement ?

 

Je vais rester ici encore un petit moment pour finaliser mes projets. La suite, je ne sais pas encore.

 

Le territoire est très présent dans ton travail, c’est un sujet qui t’a toujours intéressé ?

 

J’ai édité un livre photo sur mon travail de fin d’études, Transeo, qui parlait du concept de l’identité et de son rapport au territoire. Cela partait d’un questionnement personnel : je suis né aux États-Unis, j’ai beaucoup déménagé quand j’étais jeune en France et en Belgique, et je ne ressens pas un attachement à un territoire en particulier. Loin d’être un complexe, c’est le point de départ de tous mes projets photographiques. Au Liban, c’est d’autant plus intéressant car la majorité des Libanais ne se trouvent pas dans le pays. Amin Maalouf, franco-libanais, a écrit dans Les Identités meurtrières : "C’est justement cela qui caractérise l’identité : complexe, unique, irremplaçable, ne se confondant avec aucune autre. »

 

Comment est-ce que tu travailles ? Quel est ton procédé créatif ?

 

Je me laisse porter par mes balades et mes rencontres. J’aime bien être immergé dans les villes un long moment, juste assez pour avoir le temps de m’ennuyer. Je développe mes pellicules au fur et à mesure, mais c’est surtout à la fin, quand j’ai accumulé beaucoup d’images, que le travail se fait. Trouver des paires, les disposer sur la table comme des cartes de tarot, faire des maquettes de livres, d’expos…

 

Quels sont tes projets pour la suite ?

 

J’expose ce travail Brown Eyes and Sand en juin à Beyrouth à travers une exposition solo. Je vais commencer à me pencher sérieusement sur la maquette du livre en question, et peut-être chercher un éditeur !

 

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